The community of La Romaine, located at the mouth of the Olomane River on the Lower North Shore, is a place where a small Francophone population and a large Innu community, known as Unamen Shipu, coexist.
in 1895
established
on the reserve
The name "La Romaine" is derived from the Innu term olomane or oromane, meaning "red ochre," referring to the reddish tint the runoff waters take on in the spring. This distinctive color, caused by the presence of iron oxide, is the origin of a toponym whose usage has evolved over the centuries, passing through versions such as Olomanshibu, Ulamen Shipit, and Fort Romaine to its current form.
The first European presence dates back to the early 18th century, when the French established a fishing and trading post there. This post quickly became an important meeting place between the nomadic Innu, who moved according to the seasons, and the more sedentary Europeans. After the Conquest in the 1760s, the British took over the post, and it later passed into the hands of Quebec merchants. In the 19th century, the closure of several small trading posts prompted French Canadian families to settle there, consolidating a new phase of non-Indigenous settlement.
In 1895, Father Ferland mentioned that the population of La Romaine consisted of twelve Catholic families, totaling 55 people, including 35 communicants. Aside from the buildings of the Hudson's Bay Company post, a chapel was noted in La Romaine, whose interior was particularly well-appointed, with the woodwork and even the vault completed. He observed that the Romaine River teemed with salmon and trout of prodigious size. It was even said that a particular species of white and silvery trout could be found there.
In La Romaine, the Innu long maintained a nomadic lifestyle based on seasonal movements. At the end of summer, they traditionally traveled upriver by bark canoe to reach winter hunting grounds. In the spring, they returned to the coast to fish, hunt seabirds, gather eggs, and practice their traditional activities. This cycle, deeply rooted in their identity, persisted until the second half of the 20th century. Today, their presence is concentrated in the Unamen Shipu reserve, officially established on May 31, 1956, though its cultural and territorial occupation dates back much further.
The economy of La Romaine has historically relied on fishing, particularly lobster, as well as private sport fishing camps, which remains an important activity for many residents today. The recent development of the La Romaine Interpretation Center also helps preserve and present the community's history, family lineages, traditions, and way of life. It houses old photographs, heritage objects, and a genealogical tree tracing the occupation of the territory by the first families, both Innu and non-Indigenous.
The geographical isolation of La Romaine strongly influences daily life. As in several communities on the Lower North Shore, there is no road connecting the village to the rest of Quebec by land. Snowmobiles thus become an essential means of transport in winter, while planes and boats provide links to Natashquan, Kegaska, or Labrador. This unique situation helps preserve many Innu traditions but also creates socioeconomic challenges, particularly regarding access to services, training, and employment.
Today, the community of La Romaine stands as a meeting place between two peoples who have shared the same territory for over three centuries. The Innu remain the majority, with nearly 97% of reserve residents speaking Innu-aimun as their mother tongue, while the white population is in decline, according to recent data. Despite the challenges of isolation, community dynamism persists: an arena frequented by young people, cultural initiatives, health projects, and a continuous desire to revitalize traditions. La Romaine thus illustrates a singular cohabitation, woven from history, resilience, and a deep attachment to the land.
La Romaine, Basse-Côte-Nord · Coastal Legacies
La communauté de La Romaine, située à l'embouchure de la rivière Olomane sur la Basse-Côte-Nord, est un lieu où coexistent une petite population francophone et une forte communauté innue connue sous le nom d'Unamen Shipu.
en 1895
d'Unamen Shipu
sur la réserve
L'appellation « La Romaine » dérive du terme innu olomane ou oromane, signifiant « ocre rouge », en référence à la teinte rougeâtre que prennent les eaux de ruissellement au printemps. Cette couleur distinctive, due à la présence d'oxyde de fer, est à l'origine d'un toponyme dont l'usage s'est transformé au fil des siècles, passant de versions comme Olomanshibu, Ulamen Shipit et Fort Romaine à la forme actuelle.
Les premières présences européennes remontent au début du 18e siècle, alors que les Français y établissent un poste de pêche et de traite. Ce comptoir devient rapidement un lieu de rencontre important entre les Innus nomades, se déplaçant selon les saisons, et les Européens plus sédentaires. Après la Conquête, dans les années 1760, les Britanniques s'approprient le poste, puis il passe entre les mains de marchands de Québec. Au 19e siècle, la fermeture de plusieurs petits comptoirs incite des familles canadiennes françaises à s'y installer, consolidant ainsi une nouvelle phase de peuplement non autochtone.
En 1895, l'Abbé Ferland mentionne que la population de la Romaine est de douze familles catholiques, comptant 55 personnes, dont 35 communiants. À part les édifices du poste de la Compagnie de la baie d'Hudson, on remarque à la Romaine une chapelle dont l'intérieur surtout est bien convenable, puisque la boiserie et même la voûte y sont terminées. Il observe que la rivière Romaine fourmille de saumons et de truites d'une grosseur prodigieuse. On y rencontrerait même, paraît-il, une espèce particulière de truite blanche et argentée.
À la Romaine, les Innus ont longtemps conservé un mode de vie nomade, fondé sur les déplacements saisonniers. À la fin de l'été, ils remontaient traditionnellement la rivière en canot d'écorce pour rejoindre les territoires de chasse hivernaux. Au printemps, ils retournaient vers la côte pour pêcher, chasser les oiseaux marins, cueillir des œufs et pratiquer leurs activités traditionnelles. Ce cycle, profondément ancré dans leur identité, a perduré jusque dans la seconde moitié du 20e siècle. Leur présence est aujourd'hui concentrée dans la réserve d'Unamen Shipu, officiellement constituée le 31 mai 1956, mais dont l'occupation culturelle et territoriale remonte bien plus loin.
L'économie de La Romaine repose historiquement sur la pêche, notamment au homard, ainsi que sur les camps privés de pêche sportive, ce qui demeure encore aujourd'hui une activité importante pour plusieurs résidents. Le développement récent du Centre d'interprétation de La Romaine permet par ailleurs de préserver et de présenter l'histoire de la communauté, ses lignées familiales, ses traditions et son mode de vie. On y trouve des photographies anciennes, des objets patrimoniaux et un arbre généalogique retraçant l'occupation du territoire par les premières familles, tant innues que non Autochtones.
L'isolement géographique de La Romaine influence fortement la vie quotidienne. Comme dans plusieurs communautés de la Basse-Côte-Nord, il n'existe aucune route permettant de relier le village au reste du Québec par voie terrestre. La motoneige devient ainsi un moyen de transport essentiel en hiver, tandis que l'avion et le bateau assurent le lien avec Natashquan, Kegaska ou le Labrador. Cette situation particulière contribue à préserver de nombreuses traditions innues, mais crée aussi des défis socioéconomiques, notamment en ce qui concerne l'accès aux services, la formation et l'emploi.
Aujourd'hui, la communauté de La Romaine se présente comme un espace de rencontre entre deux peuples partageant le même territoire depuis plus de trois siècles. Les Innus demeurent majoritaires avec près de 97 % des résidents de la réserve qui parlent l'innu-aimun comme langue maternelle tandis que la population blanche est en décroissance, selon les données récentes. Malgré les défis de l'isolement, un dynamisme communautaire persiste : un aréna fréquenté par les jeunes, des initiatives culturelles, des projets en santé et un désir continu de revitaliser les traditions. La Romaine illustre ainsi une cohabitation singulière, tissée d'histoire, de résilience et d'un profond attachement au territoire.
La Romaine, Basse-Côte-Nord · Coastal Legacies